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Poissons hermaphrodites : pas besoin de choisir un sexe

Saviez-vous que de nombreuses créatures marines, voire la plupart, sont hermaphrodites ? Une façon choquante de commencer un article, n'est-ce pas ? Pourtant, beaucoup de créatures sous-marines possèdent à la fois des organes reproducteurs femelles et mâles. Poursuivez votre lecture pour en savoir plus sur nos amis hermaphrodites...

L'hermaphrodisme est assez courant chez les invertébrés marins (comme les nudibranches). Mais les poissons sont les seuls vertébrés, à notre connaissance, à être des hermaphrodites fonctionnels. Le terme « fonctionnel » signifie ici qu'ils sont capables de se reproduire, et pas seulement de posséder des organes pour la forme. Très souvent, chez les autres vertébrés, l'hermaphrodisme est dû à des mutations et les individus ne sont pas en mesure de se reproduire. Parmi les plus de 33 000 espèces de poissons, l'hermaphrodisme a évolué de façons très diverses. Mère Nature aime la variété, mais il y a toujours une très bonne raison à cela.

Quand on emploie le mot hermaphrodite, on pense souvent à un individu qui porte à la fois des organes mâles et femelles. Chez les poissons, cela fonctionne un peu différemment. Les poissons ont tendance à passer de mâle à femelle, de femelle à mâle, et parfois même à être les deux en même temps. Il leur arrive même de connaître plusieurs changements de sexe au cours de leur vie. C'est vraiment fascinant !

Pourquoi être hermaphrodite ?

Dans la nature, tout se résume à la survie de l'espèce. Si un trait (comme l'hermaphrodisme) procure un avantage à une espèce, alors ce trait sera très probablement transmis par les gènes aux générations suivantes.

Les scientifiques pensent que l'hermaphrodisme améliore le succès reproducteur de nombreuses espèces marines. Et ils disposent de plusieurs preuves dont nous sommes sûrs qu'en tant que plongeur, vous avez été témoin bien des fois sans même vous en apercevoir.

Les poissons hermaphrodites - un aperçu

Tinder n'est pas disponible sous l'eau

Dans des endroits reculés et désolés comme les grands fonds, il peut être vraiment difficile de trouver un partenaire approprié. Alors, quand on en croise un, il est plutôt pratique de pouvoir changer de sexe pour pouvoir s'accoupler. Ce serait bien dommage de n'avoir que des gamètes mâles et que le seul autre poisson croisé soit lui aussi un mâle. C'est bien plus simple de pouvoir jouer sur les deux tableaux et de posséder à la fois des gamètes mâles et femelles.

Ce processus est également très utile pour les poissons qui doivent constamment se cacher des prédateurs, comme le gobie des coraux. La capacité à changer de sexe dans les deux sens facilite la formation d'un couple sans avoir à se déplacer et réduit aussi le temps entre deux reproductions.

Ce type d'hermaphrodisme est appelé hermaphrodisme simultané.

La taille compte... pour les mâles... apparemment

Pour certains poissons, les chances de se reproduire sont plus élevées lorsqu'on est plus grand. C'est particulièrement vrai lorsque la concurrence entre mâles est rude. Le poisson-perroquet ou d'autres labres en sont un parfait exemple. Dans ces situations, le poisson concerné peut rester femelle pendant sa croissance et, une fois qu'il atteint une certaine taille, basculer vers le sexe mâle.

La taille est également importante pour les poissons qui pondent des œufs. Ils ont besoin d'un gardien pour protéger les œufs jusqu'à l'éclosion. Ainsi, certains poissons restent femelles afin de pondre des œufs jusqu'à atteindre une certaine taille. Ils deviennent alors mâles et endossent une nouvelle fonction : celle de protecteur du nid.

Ce changement est appelé protogynie. Ce mot vient du grec, où proto signifie premier et gyno signifie femelle.

La taille compte... pour les femelles... mais un peu moins... paraît-il

Dans certains cas, il est plus judicieux de profiter de la période où l'individu est petit pour se reproduire en tant que mâle. Ces poissons changent alors de sexe, une fois une certaine taille atteinte, et deviennent femelles. L'idée est qu'une femelle plus grande produira davantage d'œufs. Les poissons-clowns en sont un exemple que nous, plongeurs, pouvons observer quasiment partout.

Ce changement est appelé protandrie. Ce mot vient du grec, où proto signifie premier et andros signifie mâle.

Trop beau pour être vrai ?

Alors, pourquoi tous les animaux ne sont-ils pas hermaphrodites ? Même si les hermaphrodites parviennent à maximiser leur succès reproductif, cela leur demande beaucoup d'énergie. Produire en même temps des gamètes mâles et femelles coûte beaucoup d'énergie. Et cela peut conduire à produire moins de gamètes au total. Tout est une question de compromis.

Comment cela fonctionne-t-il en réalité ?

L'hermaphrodisme simultané

Vous vous souvenez de ce qui précède ? Un hermaphrodite simultané porte en fait les deux sexes et peut changer à un moment donné selon les besoins. C'est rare, mais cela existe chez environ 1 % des poissons hermaphrodites.

L'un des exemples les plus étonnants et remarquables de cet hermaphrodisme est sans doute le hamlet barré. Ce poisson est très commun dans Les Bahamas, au Mexique et dans les Keys de Floride.

Le hamlet barré - un hermaphrodite simultané
Un hamlet barré

Pour éviter l'autofécondation, qui réduirait la variabilité génétique de la descendance, ils échangent leurs rôles selon une stratégie connue sous le nom d'« échange d'œufs ». Lors de la ponte, la première fois que les deux sexes s'élèvent dans la colonne d'eau, le poisson jouant le rôle du mâle enlace celui qui joue le rôle de la femelle tout en libérant du sperme, et le poisson se comportant en femelle libère des œufs. Quelques minutes plus tard, ils s'élèvent de nouveau, mais cette fois les rôles sont inversés !

L'hermaphrodisme séquentiel

Le plus souvent, un poisson commence sa vie d'un sexe puis passe à l'autre à un certain stade de son existence. Cela porte le nom scientifique de hermaphrodisme séquentiel. Les hermaphrodites séquentiels ne peuvent normalement changer de sexe qu'une seule fois. Certains poissons sont toutefois capables de basculer autant de fois qu'ils en ont besoin !

Chez de nombreux poissons hermaphrodites séquentiels, les tissus des deux sexes sont présents dans la gonade avant le changement de sexe, tandis que, chez d'autres espèces, les tissus reproducteurs sont entièrement remplacés par ceux du sexe secondaire.

Vous avez certainement déjà observé des exemples de cette évolution en plongée.

Hermaphrodisme protogyne (de femelle à mâle)

Ces poissons forment souvent des harems composés d'un seul mâle veillant sur de nombreuses femelles toute sa vie. Les deux principales responsabilités du mâle sont de défendre son territoire contre les autres mâles, et de courtiser et féconder les femelles de son territoire. Si le mâle meurt, la femelle dominante du harem subira un changement de sexe, de femelle à mâle.

L'anthias - un hermaphrodite protogyne
Banc d'anthias : les oranges sont les femelles et le violet est le mâle

Ce changement de sexe peut prendre seulement 5 jours et s'opère par étapes. D'abord, quelques heures à peine après la disparition du mâle, la femelle dominante commence à se comporter comme un mâle. Ce changement de comportement déclenche des modifications hormonales qui transforment ses gonades en gonades mâles et font évoluer ses couleurs vers celles d'un mâle. L'ensemble du processus s'achève en quelques semaines seulement.

Alex Mustard - Anthias changing sex
Un anthias en plein changement de sexe, de femelle à mâle - crédit : Alex Mustard

Les labres, les poissons-anges nains et les anthias sont les exemples types de ce mode d' hermaphrodisme protogyne.

Hermaphrodite protandre (mâle vers femelle)

Les hermaphrodites protandres sont courants dans les récifs coralliens. À l'inverse de ce qui précède, ils ne forment pas de harems. Il s'agit plutôt généralement d'un seul couple d'adultes reproducteurs, la femelle étant d'ordinaire bien plus grande. Même s'il y a souvent d'autres mâles plus petits dans les parages.

Si la femelle dominante meurt, le plus grand mâle se transforme en femelle et le poisson immature suivant dans l'ordre social devient mâle, formant ainsi un nouveau couple reproducteur.

Poissons-clowns aux Philippines
Un exemple aux Visayas, aux Philippines, avec une grande femelle et ses mâles plus petits - Crédit : Mik Harris

Les exemples types de ce mode d'hermaphrodisme sont les poissons-clowns, les demoiselles, les anguilles rubans bleues et les murènes.

Bidirectionnel (le va-et-vient)

En général, une fois qu'un individu a changé de sexe, il n'y a pas de retour en arrière possible, mais chez certaines espèces de gobies, les individus peuvent passer d'un sexe à l'autre à plusieurs reprises. C'est l' hermaphrodisme bidirectionnel. C'est souvent pour s'adapter à la hiérarchie d'un groupe.

Cleaner Wrasse in Palau
Un labre nettoyeur à Palau - crédit : Kerry Kay

En sont des exemples les labres nettoyeurs et les gobies. Les labres nettoyeurs mâles (qui naissent femelles puis se transforment en mâles) peuvent redevenir femelles lorsqu'un groupe ne compte que des mâles. Chez les gobies, si un mâle plus grand et plus dominant apparaît, le mâle nouvellement transformé redeviendra femelle.

L'océan abrite une fluidité des genres d'une rare élégance ! Venez plonger avec nous pour observer certaines de ces métamorphoses étonnantes.

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